Le Mi-Beau
Pierre-Yves Millot

Minimonologue en réaction politique et poétique au projet de réforme du statut des intermittents créé au Théâtre du Rond-Point et repris par Cabaret du Protocole le 16 octobre 2003 Enregistrement du Mi-Beau dit par Laurent Poitrenaux: http://www.theatre-contemporain.tv


D: Le Mi-Beau".

Suite à la modification du régime d'assurance-chômage des intermittents du spectacle, la comédienne qui devait lire ce texte a été obligée de se reconvertir dans l'import-export de champignons forestiers : des lactaires poivrés.

Il paraît d'ailleurs que ça marche pas très fort. Il faut dire qu'elle est plus douée pour jouer la comédie dans des hangars classés que pour faire le commerce des agaricacées.
Je vais donc moi-même massacrer, pardon dire, l'oeuvre d'un de nos poètes les plus prometteurs, Guillaume Apollinaire : Le pont Mirabeau. Malheureusement, en raison de restrictions budgétaires, je ne lirai que la moitié du poème, c'est-à-dire une syllabe sur deux.

Evidemment la rime est moins riche. Et le sens s'en ressent.

Le Mi-Beau.
Ça aurait pu s'appeler Pont rat, mais j'ai préféré conserver les première, troisième et cinquième syllabes du titre original.
Je précise pour ceux qui n'auraient pas encore compris : Le pont Mirabeau devient le hmm Mi hmm beau.

Le Mi-beau
(qui signifie à moitié beau)

Le Mi-beau le sait: (mystérieux)
Et za! (dit comme zou!)
Faut qu'il... Saoul? (insister sur les points de suspension)
Lave tout, Allah! (dit avec la solennité d'un poissonnier en instance de divorce)
Laissant, je meurs (étonné)

J'en vois qui ont l'air de mettre en doute le procédé. Attention, il n'y a aucune tricherie:
Sous le pont Mirabeau coule la Seine / hmm Le hmm Mi hmm beau hmm le hmm sait / Le mi-beau le sait.
Et nos amours / Et hmm za hmm / Et za!
La joie venait toujours après la peine / La hmm ve hmm tout hmm A hmm llah/ Vienne la nuit sonne l'heure / Hmm haine hmm la hmm so hmm le / Haine! la sole
Les jours s'en vont je demeure / Lais hmm sant hmm je hmm meurs / Laissant, je meurs.

Avec un peu d'habitude, on reconstitue facilement le texte original, vous allez le constater tout de suite...

Les dents: mince, ton sofa! (ton alerte, sans en faire trop)
Pont, nos pas... (dit normalement)
Et elle? (pointant l'index en direction de Tambacounda)
Gare de l'Est! (intonation ferroviaire, deuxième classe)
Haine! la sole (dit avec la solennité d'un poissonnier recevant la légion d'honneur par erreur, peut-être en raison d'une homonymie)
Laissant, je meurs. (avec dignité)

Ça paraît beaucoup plus court, mais je n'ai supprimé que la moitié du poème. Imaginez qu'on réduise de moitié le budget d'une compagnie de théâtre, les effets seraient à peu près les mêmes...

Mou, va! Meuh! taux rentes... (ne pas hésiter à s'attarder sur le meuh)
Mou, va! (dédaigneux mais sans exagération)
Meuh! Vie lente... (le meuh est à peine plus bref)
Colère: han! Vie lente... (exagérant mais sans dédain)
Haine: la sole (dit avec la solennité d'un poissonnier à cheval)
Laissant, je meurs (avec conviction)

Là, je dois avouer que je me suis permis de transformer "mour" en "mou" (et je m'en excuse auprès des descendants de Guillaume Apollinaire). "L'amour s'en va" devient "Mou, va!" et non "Mour va", tout simplement parce que "Mour va", ça n'a aucun sens.

Ce jour pâle, aime haine! (ton diurne et sentimental)
Dansez, (s'adressant à une jeune femme assise au huitième rang, de préférence nue)
Les mous viennent (mollement menaçant)
Le Mi-beau le sait (comme dit après un 400m couru en moins de 44 secondes)
Haine! la sole (dit avec la solennité d'un boucher qui rêve d'être poissonnier)
Laissant, je meurs (sans en avoir l'air)


Copyright 2003 Pierre-Yves Millot



ClicNet, novembre 2003
cnetter1@swarthmore.edu